Une comédie douce et amère sur l’Italie d’aujourd’hui.

banana affiche

 Joint par téléphone, Andrea JUBLIN présente son premier long métrage Banana au programme du festival Univerciné Italien. Banana, une comédie dramatique, interroge la définition du bonheur à travers les yeux de Giovanni, un adolescent passionné par l’équipe brésilienne de football. Dans son film, Andrea Jublin oppose deux mondes : celui des adultes, dur et froid contre celui de l’adolescence, plein de rêves et d’espoir.

Andrea Jublin, pour bien commencer cette entrevue, peut être pourriez-vous nous éclairer sur le choix du titre singulier de votre film ?

J’ai choisi «Banana» parce qu’en Italie il est courant de dire de quelqu’un qui ne sait pas jouer au foot qu’il a un «pied de banane» c’est-à-dire tordu, courbé comme une banane. Et il se trouve justement que ce jeune garçon, le personnage principal du film, voudrait être capable de bien jouer au foot, d’autant plus qu’il s’est construit toute une philosophie du «qu’est ce que c’est que bien jouer au foot» qui pour lui serait jouer comme les brésiliens. Malheureusement chaque fois qu’il se retrouve à devoir tirer dans les cages pour marquer, il envoie le ballon pardessus le mur du terrain et il atterrit dans le jardin d’un fou qui ne peut s’empêcher de détruire ce ballon, avant de le renvoyer ce qui vaut à Banana de se faire systématiquement disputer par ses camarades de jeu.

 

Dans Banana, un des thèmes principaux abordés est celui du bonheur. C’est peut être une question étrange, mais selon vous, le bonheur est une chose que l’on choisit ? que l’on trouve par hasard ? qui se mérite ou qui se cultive ?

Je dirai que c’est quelque chose qui se mérite mais qui se cultive aussi. Je ne pense pas que ce soit quelque chose qui arrive pas hasard, enfin on pourrait dire que si dans la mesure où c’est une des choses importante de la vie qui est gratuite, le bonheur on ne peut pas l’acheter. Ceci dit il est vrai qu’elle se cultive sur le long terme. Le bonheur ce n’est pas un simple moment plaisant c’est quelque chose qui dure, qui te fait sentir en phase avec toi même. C’est quelque chose de difficile à obtenir et comme toutes les choses difficiles cela nécessite des efforts.

 

Avant de réaliser ce long métrage, vous aviez réalisé quelques courts métrages dont Il Supplente qui a été nominé aux Oscars en 2006, et où déjà vous nous parliez des différences entre le «monde» des adultes et celui des adolescents. Pourquoi avoir choisi de traiter l’opposition entre ces deux univers ?

Le film Il Supplente, c’est l’histoire d’un avocat qui est lassé de «faire l’adulte» et qui décide de faire semblant d’être un professeur remplaçant dans une salle de classe : celle qu’il aperçoit de l’autre côté de la rue, depuis son bureau et dont le professeur est absent. Ce film, c’est en quelque sorte le monde des adolescents vu comme un jardin d’enfant qui renferme le bonheur. Alors que dans le film Banana, ce monde des enfants est gâché par la tristesse. Seul Banana souhaite être heureux, les autres enfants sont déjà lassés. Ce sont les «ennemis» de Banana même s’il ne s’en rend pas compte. Et c’est Jessica, la fille dont il tombe amoureux, qui au final est sa plus grande ennemie qui lui prouve que les adultes sont détestables. Banana incarne la vitalité, il se trouve à l’encontre de ce monde d’enfants devenus déjà adultes et qui ne croient plus en rien.

 

Andrea Jublin, vous interprétez le rôle de Gianni, un personnage qui nous semble être un lien entre les adultes et les jeunes. Est-ce le rôle que vous jouez dans la vie réelle ? Comprenez-vous peut-être plus facilement la sensibilité des adolescents ?

Actuellement, je pense à l’écriture de mon second film et j’ai quelques thèmes qui me plaisent, notamment celui des jeune. Je ne sais pas si je les comprends mieux mais je sais qu’ils me plaisent davantage, leur vitalité me fascine. Je me demandais justement ce matin pourquoi étais-je autant intéressé par les adolescents, pourquoi je ne les traitais pas comme des enfants dans mes films. Je pense que les enfants n’existent pas, ce n’est pas vrai que nous sommes d’abord des enfants puis des adultes. Ils sont juste comme des adultes mais en plus romantiques. Pour eux, il y a le vrai désespoir, le véritable amour et l’élan également est sincère. En quelque sorte, parler des enfants, c’est aussi parler d’adultes qui croient encore.

 

C’est une chose un peu dramatique le fait de devenir adulte ?

Oui, il y a quelque chose de sinistre. Plus tu grandis, plus tu approches de la mort. La chose la plus difficile est de rester vivant jusqu’à la fin. Mais c’est la chose que nous devons faire car il n’y a aucune alternative, on ne peut pas rester un «peu» vivant, soit on vit soit on meurt. Les enfants savent ces choses-là. C’est un peu comme quand tu leurs demandes ce qu’ils veulent faire plus tard, tu vois qu’il y a quelque chose en eux qui les anime : l’espoir, cela me fascine. Mais quand tu es adulte, tu sais que cet espoir sera trahi, personne ne fait ce qu’il voulait faire lorsqu’il était enfant. C’est le discours que tient Jessica quand elle parle de ses futurs voyages et de son souhait de s’enfuir. Elle a cette volonté mais aussi cette idée très négative du monde des adultes. Et nous savons déjà que ce rêve de fuite sera trahi. L’adolescence est l’âge des rêves mais de rêves qui ne seront probablement pas réalisables dans le futur.

 

Une dernière question, dans le film, nous avons remarqué des références au livre Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, c’est un livre qui a été choisi pour le film ou que vous avez lu lors de votre adolescence et qui vous a touché ?

Oui, c’est un livre qui m’a beaucoup touché. Un livre très beau, qui parle également des rêves, de l’amitié, de l’amour et du bonheur et c’est pour cela que je l’ai choisi. L’interrogation en classe de Jessica que nous retrouvons dans le film est une interrogation sur le romantisme, un thème que nous retrouvons dans le livre. C’est l’histoire d’un garçon hyper romantique, hyper vif qui doit s’adapter au triste monde dans lequel il vit.

 

Andrea Jublin, merci d’avoir répondu à toutes nos questions !

Merci à vous !

Interview réalisée par Maïa DAVID et Émilie PELLEGRINI,

étudiantes en 2ème année de Master MCCI à l’Université de Nantes.