Editorial 2012 : Adol-essence

Un constat s’impose : c’est une histoire de générations ; de générations qui se font face, s’affrontent, s’évitent. De générations qui ont du mal à exister sans s’entraver mutuellement. De parents qui ne transmettent plus à leurs enfants les valeurs dont ils ont la plus profonde nostalgie. D’enfants qui les questionnent, les provoquent, les défient. « I bambini ci guardano », les enfants nous regardent, rappelait le titre d’un film du grand Vittorio De Sica : aujourd’hui, dans ce regard, il n’y a ni concession, ni compromis possibles. La société italienne semble prise, comme on dit, entre le marteau et l’enclume, serrée entre deux pressions, deux exigences aussi fortes l’une que l’autre : d’un côté, les nouveaux arrivés, dont la survie ne tient qu’au hasard d’une main tendue ; de l’autre, de jeunes Italiens, de très jeunes gens, dont la vie est totalement, mais inutilement, balisée. Des deux côtés, une même urgence, la même question : de qui voulons-nous être les héritiers, quel héritage décidons-nous d’accepter ?

Alors, crise d’identité ou crise d’adolescence ? D’« adol-essence », on va dire, pour souligner cette volonté d’aller à l’essentiel, justement, que seuls les adolescents expriment jusqu’au bout et revendiquent tout haut. L’actualité cinématographique italienne nous les montre avec une sensibilité et une intensité inédites : dans Terraferma, d’Emanuele Crialese, dans Scialla! de Francesco Bruni, dans Giochi d’estate de Rolando Colla et Claudio Risi, dans Corpo celeste de Alice Rohrwacher, tout comme dans Ruggine de Daniele Gaglianone, de jeunes gens, des enfants presque, pointent, avec une franchise aussi cruelle qu’inespérée, la barbarie d’un monde sans lois ni limites. Y a-t-il de quoi s’alarmer ? Sans doute. De quoi s’inquiéter ? Peut-être. De quoi rire ? C’est sûr ! N’est-ce pas au creux d’une dépression, au plus bas des prévisions, au pic d’une crise qu’un éclat de rire puissant peut nous redonner l’indispensable élan vital ? Alors, samedi, c’est comédie ! Les films Immaturi de Paolo Genovese, I figli delle stelle de Lucio Pellegrini ou encore Senza arte né parte de Giovanni Albanese nous aideront à liquider les pires de nos cauchemars et à libérer les meilleures de nos aspirations.

Organisé par l’association Univerciné (Université de Nantes) et par le CCFI – Centre Culturel Franco- italien de Nantes, l’édition 2012 du festival de cinéma italien bénéficie également du précieux soutien d’Oreste Sacchelli, fondateur et délégué artistique du Festival du film italien de Villerupt, et de Jean A.Gili, délégué général du Festival de cinéma italien d’Annecy et auteur d’un remarquable ouvrage, Le cinéma italien, qu’il viendra personnellement nous présenter : nous parlera-t-il d’un cinéma en déclin, d’une crise interminable, voire d’une fin probable, comme on l’entend parfois annoncer autour de nous, ou plutôt de l’étonnant renouveau d’une cinématographie aujourd’hui en pleine effervescence ?

À cette question, et à bien d’autres, répondront aussi les autres personnalités – le réalisateur Francesco Bruni ; Luca Ragazzi, co-réalisateur ; Donatella Finocchiaro, interprète de plusieurs des films au programme – qui nous ont fait le plaisir et l’honneur d’accepter notre invitation à Nantes, puis à Clisson, tout au long de cette édition.

Autant de précieux apports contribuent à faire de ce festival – et du cycle Univerciné – une grande et belle opportunité d’échanges cinématographiques internationaux, ouverts à la diversité culturelle et à la spécificité de chaque horizon.

Gloria Paganini et Marina Arnesano

 

Dans la presse :

Festival Univerciné italien – Ouest-France
Univerciné italien : Viva il cinema ! – Ouest-France

2016-10-28T11:16:01+00:00